Mon atelier

Dans son petit studio du XI ème arrondissement, les magazines, les ouvrages d’art, les photos, les dessins, s’accumulent… les bics et les feuilles encrées s’entassent….Son 17 mètres carré fusionne avec son espace créatif : un véritable chantier dédié à l’art, son premier amour….C’est dans ce cadre que Sophie Marion réalise ses œuvres fantasmagoriques sur des problématiques contemporaines avec un langage formel tourné sur le passé…..Elle vous propose de vous dévoiler son travail, un univers troublant et étrange.

Tragédies linéaires

Tragédies linéaires rassemble des dessins au bic en format A3. Libérée des codes classiques de l’art, je me réfère à des symboles et à des mythes anciens pour proposer une vision personnelle sur la nature de l’homme. Le spectateur est entraîné dans une atmosphère pesante et angoissante inspirée par les œuvres de Jérôme Bosch et Giger. Je dépeins un univers fantasmagorique peuplé d’insectes, de monstres et de végétaux hostiles. Ces curiosités envahissantes et fantastiques ne se laissent pas apprivoiser par la main de l’homme. Tout se décompose, se métamorphose, disparait sous les yeux du spectateur. Parmi ce fourmillement de lignes, se répètent les symboles de l’oiseau et de l’œil, témoins et acteurs passifs de cette tragédie. L’œil observe parfois juge mais surtout il capte le regard du spectateur lui-même acteur de la société et lui rappelle ses imperfections et ses paradoxes tandis que l’oiseau incarne une humanité écrasée, poussée au porte du désespoir. Ainsi je traduis les peurs et les doutes de l’être humain dans une société en crise et je m’interroge sur des thèmes séculaires : la fragilité de l’homme, son animalité, la destruction de la nature….

Une histoire illustrée

Je propose une série de dessins qui raconte l’histoire des mystères de l’âme humaine. Tout commence par un mythe : la boîte de Pandore. Oublié la boîte, un visage irréel incarne tous les maux et les souffrances de notre terre. L’espoir flotte au-dessus de sa tête mais s’envole dès que la mélancolie s’installe. Le cœur de l’homme est pompé par une créature monstrueuse qui prend un plaisir infime à aspirer notre humanité. De là suivent les excès de notre société : shooting, explosion, dualité, nature assassinée….Nous n’avons plus que nos yeux pour pleurer. Dans ce contexte menaçant il est difficile de trouver un espace harmonieux et paisible surtout quand le temps et la mort rappellent la fragilité de l’homme.

La naissance du projet

J’ai commencé ce projet il y a deux ans sans savoir où j’allais…L’actualité et l’histoire ont largement influencé mon travail. Je ne pouvais pas rester insensible à tant de violence et d’injustice. Alors j’ai décidé de prendre mon bic et ma feuille….et de dessiner…J’adore travailler sur le détail, les contrastes, la variation du trait comparable au fil de la vie….

Depuis mon enfance je suis obsédée par ce fil de la vie, ce lien entre l’existence et la mort….Tout peut basculer en une fraction de seconde. Cet équilibre est précaire et inconstant.

L’élaboration des dessins

A partir d’une idée, je dessine directement sur la feuille et je me laisse guider par mon intuition et mon inconscient. Je n’aime pas effacer ou revenir en arrière. Chaque dessin est un défi voir même une aventure intérieure…J’ai beaucoup de mal à mettre un point final à mes créations…J’adore me dire qu’il y a une virgule plutôt qu’un point. Sans doute l’angoisse de la suite…Entre le dessin et moi se développe une relation fusionnelle. La notion du temps s’efface…En général, je réalise mes dessins en 4 heures mais très souvent je reviens sur la forme ou même je les abandonne un certain temps….C’est un dialogue constant et dynamique entre le sujet et la ligne.

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